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    Pi Ja Ma : « J’ai arrêté de penser qu’il y avait de la bonne et de la mauvaise musique. »

    Esther El Fassi 4 février 2019
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    Pi ja ma résulte d’une rencontre entre Pauline de Tarragon, chanteuse de salle de bain, et Axel Cancato, compositeur à moustache. De cette alliance, est né un premier tube en 2016 qui les a fait connaître : « Radio Girl ». Leur premier album Nice to meet U est sorti le 18 janvier et ils seront en concert à la Maroquinerie le 5 février. Rencontre avec l’interprète, Pauline.


    Michel Gondry disait : « Je tourne en anglais car j’ai du mal a dire “je t’aime” en français ». Est-ce pour cette raison que tu chantes si peu en français ?

    Les influences du groupe et l’écriture d’Axel ont mené à l’anglais. Cela ne me dérange pas. J’ai toujours trouvé que l’anglais était cool et la musique a été composée pour être chantée ainsi. En principe Axel écrit toute les paroles, mais plus j’écris, plus je souhaite écrire en français.

    C’est vrai aussi que chanter en anglais met une certaine distance. Comme c’était mon premier album je ne voulais pas m’exposer sans filtres. Le pseudo Pi Ja Ma est déjà en soit une mise à distance, un masque.


    Comme Boris Vian (chanteur, saxophoniste et ingénieur), tu as plusieurs cordes à ton arc : illustratrice et chanteuse. Comment arrives-tu à lier ces deux passions ?

    J’ai toujours beaucoup dessiné, d’ailleurs davantage que chanté. Depuis toute petite je dessine tous les jours, sans exception. Et comme la musique est arrivée bien après, elle passe en second plan.

    L’imagerie dans l’industrie musicale est très importante et j’ai la chance que ça me plaise. Les professionnels autour de moi aiment aussi le dessin et apprécient de pouvoir associer le dessin à mon projet. Ainsi, mon projet me ressemble, je ne perds pas le contrôle sur l’image et je m’amuse en même temps que je travaille.

    Il y a beaucoup d’autres activités que j’aime faire. Avant de mourir, je voudrais écrire un livre, un spectacle, un film… Je ne veux pas me mettre d’étiquette définie, sinon je serai malheureuse. L’avantage c’est que dans la musique aujourd’hui, avoir plusieurs cordes à son arc est quasiment une condition pour réussir.


    Dans tes clips, sur tes réseaux sociaux et dans ta chaîne YouTube
    « Le Pi Ja Ma Show », l’humour est omniprésent. Est-ce une revendication ?

    J’ai toujours fait le clown. Vers 15 ans, je me suis rendue compte à quel point le monde était nul et qu’il ne restait plus beaucoup de temps à vivre. Donc, si je ne fais pas au moins une blague par jour, j’ai l’impression que ma vie est triste. Souvent, les gens me disent : « Pauline, on ne peut pas tout le temps rigoler ! ». Mais je ne peux pas m’en empêcher. Parfois je me fais des blagues à moi-même sur mes stories Instagram. C’est vraiment pour moi une question de survie.

    J’ai créé ma chaîne Youtube car beaucoup de followers sur mes stories me disaient que c’était dommage qu’elles s’effacent. Cependant, ma chaîne ne vise pas uniquement à faire rire. Je raconte aussi des anecdotes. Dans le premier épisode, je parle de l’histoire de Pi Ja Ma pour que le public apprenne à me connaître.

     

     

    Tes  goûts musicaux sont contradictoires : dans tes stories Instagram tu reprends des chansons d’Ariana Grande (très mainstream) et à à la fois des artistes plus pointus, comme Jefferson Airplane…

    Je pense que c’est utile de tout écouter : rap, musique française, jazz, classique, pop… car il y a des bonnes idées partout. J’ai arrêté de penser qu’il y avait de la bonne et de la mauvaise musique. Il y a effectivement des créations moins intéressantes que d’autres parce qu’on les a trop entendues, par exemple. Mais je trouve que c’est snob de qualifier une musique de « nulle ». Si le public aime, qui sommes-nous pour juger ?


    Quelles sont tes influences ?

    Lorsqu’on naît, on a ses parents. Puis en grandissant, on rencontres d’autres sortes de parents qui nous guident. À 16 ans, j’admirais Patti Smith. Je trouvais que c’était une femme unique, qu’elle était « Bad Ass » : elle crache, met des chemises d’hommes et se coupe les cheveux toute seule. Comme père spirituel, j’avais Philippe Katerine, qui, à la quarantaine, reste fidèle à lui-même, malgré les moqueries. Moi aussi, je souhaite ne pas prendre en compte le regard des autres. On est libre de faire ce qu’on veut, non ? Se trouver des modèles, c’est pouvoir admirer des personnalités qui ont osé et qui nous donnent envie d’oser aussi.


    Peux-tu nous parler de la réalisation de vos clips ?

    Pour les premiers clips, je faisais vraiment tout : réalisation, montage, jeu… À partir de « Ponytail », où on a travaillé avec Alice Kong, j’ai tout délégué à la production : styliste, figurants… Je souhaitais réellement travailler avec Alice Kong, car je voulais quelqu’un qui me mette en confiance, une fille de mon âge. Finalement, je me suis retrouvée entourée de 30 personnes dans une maison à Clamart. De plus, je suis vraiment fan de son univers. Pour Family c’était pareil : j’ai juste joué dedans.

     

    Vos rôles avec Axel ont-ils évolué ?

    À l’origine, la partie composition de musique et de paroles était réservée à Axel. Moi, je chantais et j’étais l’image de Pi Ja Ma. Je racontais ma vie et il en faisait des chansons. La chanson « Radio Girl » parle de la Nouvelle Star : « I hate you » parle de mon ex… Au début nos rôles étaient très divisés. Au bout d’un moment, il a commencé à intervenir dans l’image du groupe et je lui donnais mon avis sur la composition. Finalement on est vraiment devenus une équipe et on a construit cet album ensemble, lequel nous ressemble donc à tous les deux.

     

    Propos recueillis par Esther El Fassi

    Pour découvrir le site de l’artiste, cliquez ici

     

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